Pâturages boisés
ou pré-bois

icone vache

Une caractéristique originale de l’Arc Jurassien

Les pâturages boisés (appellation suisse) ou pré-bois (appellation française) sont des surfaces sur lesquelles alternent, en forme de mosaïque, des peuplements boisés, des pâturages sans couvert et des arbres isolés. Ils servent aussi bien à la production animale qu’à l’économie forestière.
Connaissance de l'Arc Jurassien (CTJ)
les pâturages boisés, qui sont au niveau du paysage ce que le Jura a de plus beau à offrir (...) le produit depuis des siècles du climat, du sol et de leur utilisation.
Schönenberger en 1943

Origine des pâturages boisés

Pré-bois

C'est l’activité agricole et forestière qui a façonné les paysages sylvo-pastoraux de l'Arc Jurassien. Au Moyen âge, le Jura voit l'installation et le développement de plusieurs abbayes et monastères. Soucieux de mettre en valeur ces nouvelles terres, les moines incitent les paysans au déboisement. Après l'abattage du bois, ces zones défrichées deviennent des espaces de pâture où la présence du bétail, empêche la recolonisation forestière.

Cette logique de déboisement, s'amplifie avec le tout début de l'industrialisation. Les maigres ressources du sol du Jura, le besoin d'activité et l'immobilisation de la population jurassienne durant l'hiver, pousse cette dernière à accroître son bien être par l'appoint d'une industrie. C'est ainsi que peu à peu vont se développer dès le courant du XVIIe siècle, les industries du verre et du fer avec l'horlogerie, la lunetterie, la clouterie et la tournerie. Cette industrialisation et l'essor des villes qui en découle, nécessitent de grandes quantités de bois et de charbon de bois tout en accentuant la pression sur la forêt.

Cette dynamique de déboisement va prendre fin au XIXe siècle avec l'urbanisation croissante, la révolution industrielle et l'avènement de nouvelles sources d'énergie. Jusqu'au début du XXe siècle l'exode rural est de plus en plus important, et la forêt va peu à peu regagner du terrain sur les zones délaissées par les paysans. La diminution de la pression du bétail favorise le reboisement naturel dans les pâturages.

Tout ce processus conduit à la création de cette mosaïque de pâtures non boisées avec les zones plus forestières que constituent les pâturages boisés. Aujourd'hui les pré-bois sont répartis sur tout le massif entre 900 et 1400 mètres d'altitude.

Les pâturages boisés menacés

Dans le sous bois

Engendré par une activité humaine entrée dans la tradition, partiellement préservé jusqu'à présent, le pré-bois, milieu totalement artificiel, ne doit sa survie qu'à la persistance de cette activité. Les changements profonds des pratiques agricoles avec des conséquences importantes en termes d’organisation du territoire, menacent l’avenir des pâturages boisés.
Il y a encore quarante ans, le contexte économique, poussait les éleveurs du massif du Jura à placer leur vaches laitières dans des zones non mécanisables et les génisses sur les alpages. Cette pratique libérait les surfaces de fauche tout en maintenant une pression importante dans les pâturages boisés.

Depuis lors, le développement de la mécanisation et les progrès génétiques, qui ont permis l’augmentation de la productivité des animaux, ont entraîné une diminution du cheptel bovin. Les quotas laitiers et l'attribution de primes de cessation d'activité aux producteurs laitiers ont renforcé et accéléré ce phénomène. Les pâturages boisés ont donc été peu à peu délaissés.
Comment dans ces conditions encourager les agriculteurs à entretenir les milieux sylvo-pastoraux ?

Les trois grands atouts des prés bois

Les pâturages boisés constituent toujours un espace pastoral pour la pâture du bétail en été. Durant cette période les génisses profitent d’une flore diversifiée et d’un bon apport nutritif. Les parties boisées, sont autant d’abrits naturels pour les protéger de la pluie ou des fortes chaleurs.
L’herbe y étant moins sensible aux aléas climatiques, il s’agit, pour les agriculteurs, d’une manne fourragère non négligeable, surtout en période de sécheresse. Cette ressource fourragère, de plus en plus précieuse, ne peut être ignorée, même si elle demande une exploitation raisonnée.

Bûcheronnage

Moins rentable et souvent plus compliqué qu’en forêt classique (pentes pouvant être abruptes, abondance de branches, bois de moins bonne qualité car plus exposé aux intempéries…), la production sylvicole n’est pourtant pas à ignorer. On peut y récolter du bois d’œuvre utilisable en construction et du bois-énergie, dont la demande est actuellement en pleine expansion.

Au-delà des activités pastorales et sylvicoles, les pré-bois du massif du Jura représentent en matière environnementale et paysagère une richesse incomparable. En termes de paysage, la mosaïque de pâturages et de forêts, de résineux et de feuillus, d’arbustes, de buissons et d’arbres imposants, crée une diversité très attractive.
Avec leurs chalets d'alpage, leurs murets de pierre et autre spécificités, les pré-bois participent à l'intérêt du paysage alpestre. Ainsi, ils constituent un espace touristique de loisirs et de détente et représentent un richesse patrimoniale importante du Massif.

La biodiversité

Le pâturage boisé est l'interface entre la forêt et les zones ouvertes. Il est particulièrement propice au développement d'une flore et d'une faune très riche et constitue un réservoir reconnu de biodiversité.

Lapiaz

Les géotopes :

Affleurements calcaires, lapiaz, blocs erratiques, moraine caillouteuse, etc. sont des zones de végétation maigre, qui abritent des variétés d'insectes rares.

Le réseau karstique :

Sources, dolines, gouffres, fissures, lapiaz, sont des sites en contact avec les réseaux d’eau potable souterrains. Ils doivent impérativement être préservés.

Les zones humides :

Petits plans d’eau et ruisselets, habitats fragiles, dotés d’une végétation et d’une faune particulière.

Les bois morts

Les bois morts :

Les arbres à cavité (ou tronc creux) sont utilisés par le loir, le lérot, la martre, l’écureuil, le pigeon colombin, le choucas, la sittelle, des insectes et plusieurs espèces de chauve-souris.
Les arbres morts sur pied sont utiles aux insectes xylophages qui se nourrissent de bois morts (ces insectes ne sont pas des ravageurs), beaucoup de longicornes et autres coléoptères sont menacés. Ils accueillent également un certain nombre de champignons.
Les arbres morts au sol permettent à une multitude d’organismes du sol de se nourrir et de recycler la matière organique en éléments nutritifs assimilables par les plantes.

Murs en pierres sèches

Les murs en pierres sèches :

Dans l’Arc jurassien, l’homme est aussi à l’origine d’une structure unique, le muret de pierre. Cette construction fait partie du patrimoine historique. Il est extrêmement précieux pour la petite faune, les batraciens (salamandres, grenouilles, crapauds), les reptiles (lézards des murailles, lézards agiles), les oiseaux,, et les mammifères (belettes, hermines, hérissons).

Le pâturage boisé est aussi le domaine du Lynx boréal (disparu dans les années 1950, et réintroduit en Suisse dans les années 1970), du Grand tétras, de la Gélinotte des bois, de la Bécasse des bois, et du Lièvre brun.

Table d'orientation